BEAUTY IS YOU - LISET ALEA - ©Dan Carabas /// EVER MAGAZINE 2012

La beauté, selon Liset Alea, c’est un remix.
La chanteuse de Nouvelle Vague, aujourd’hui également DJ au sein du projet Darling Darling, nous raconte ce qui a fait d’elle une si jolie guerrière. Cubaine, américaine, et aujourd’hui adoptée par la France, cette musicienne a fait de son énergie un véritable atout de séduction.

 

EVERMAGAZINE : Bonjour Liset, comment allez-vous ?
 

LISET ALEA : Je vais bien, merci ! Je ne m’arrête pas, je crois que ça ne s’est pas arrêté depuis que je suis arrivée ici, à Paris.

 

 

EVERMAGAZINE : Vous êtes avant tout célèbre ici en tant que chanteuse de Nouvelle Vague. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre histoire avec ce groupe ? 
 

L.A. : Cela fait un an. L’histoire est assez drôle : lorsque je jouais avec Alex Kid, j’ai tourné avec Avril, et Marc Colin (le fondateur de Nouvelle Vague, avec Olivier Libaux ndlr) faisait les claviers pour Avril. Je ne me souvenais pas avoir rencontré Marc, mais j’avais toujours aimé Nouvelle Vague et alors que je vivais à Miami, en 2008-2009, ils sont venus y jouer. Et, par hasard, j’ai fait leur première partie. Marc se souvenait lui, de moi, et m’a proposé de rejoindre le groupe, qui cherchait de nouvelles chanteuses à ce moment-là.

J’ai accepté, et ai fait quelques concerts à Miami et je me suis dit que j’adorerais vraiment vivre à Paris. J’adore le projet, le nouveau show va être une collaboration avec Castelbajac, cela va être une sorte de comédie musicale érotique, un peu sombre, comme une cérémonie. Et qui s’appellera Dawn of Innocence.

 

 

EVERMAGAZINE : Comment fonctionne Nouvelle Vague ? Combien de chanteuses êtes-vous ?
 

L.A. : Nouvelle Vague est un collectif et beaucoup de chanteuses y ont participé : Camille, Mélanie Pain, Phoebe Killdeer, Marina Céleste… Il n’a pas cessé de tourner depuis 7 ans. Avec un projet pareil, il est naturel que les chanteuses viennent et repartent. Pour apporter du changement aussi : je crois que tous les deux ou trois ans, ils apportent de nouvelles têtes.

 

 

EVERMAGAZINE : Nouvelle Vague, c’est de la musique new wave transformée en bossa nova. Cela ressemble en un sens à vos origines, n’est-ce pas ?
 

L.A. : C’est vrai. Je suis née à Cuba, à La Havane, puis exportée aux Etats-Unis très jeune, assemblée là-bas, enfin réexportée en Europe. Je suis le produit de trois cultures différentes : je ne me sens pas Cubaine à Cuba, ni Américaine aux USA. Là où je me sens le mieux, c’est peut-être Paris, où j’avais déjà vécu en 2005. Je pense que parfois il faut choisir sa maison. Ici, je me suis créée, et j’aime être loin de ce qui m’est familier. J’aime être une étrangère, confuse, perdue, je trouve ça créatif. J’aime le challenge de parler une langue parfaitement, la fraîcheur d’observer des choses neuves. Paris est une bonne base, en plus, pour aller partout ailleurs en Europe. Et je n’ai jamais le temps de découvrir cette ville ! Cela fait un an que j’y suis et j’ai l’impression de ne rien avoir encore vu.

 

 

EVERMAGAZINE : Vous dites que vivre dans une ville étrangère vous rend plus créative. Vous n’êtes en effet pas seulement interprète mais également compositrice. Après avoir sorti, en 2006, l’album No Sleep, pensez-vous en produire un nouveau ?
 

L.A. : Oui. Et Nouvelle Vague m’a appris beaucoup de chose sur la façon d’écrire des chansons. Chanter des reprises, c’est être forcé de redécouvrir des morceaux que je n’ai pas écrits, et qui sont d’énormes tubes, comme ceux de Depeche Mode, des Clash… Ils me permettent de comprendre pourquoi et comment ils ont marché. Quand j’ai des chansons en tête, je pense maintenant plus au public, à pourquoi ce refrain fonctionnerait, de réaliser que c’est souvent par leur simplicité, leur côté brut. Les chansons punk, par exemple, sont souvent très directes : ils écrivaient ce qu’ils avaient dans le ventre. Love will tear us apart, de Joy Division, est pour cette raison une des plus belles chansons d’amour jamais écrites. Et la bossa nova, étonnamment, me semble aussi pure que le mouvement punk.

 

 

EVERMAGAZINE : Et musicalement, d’où venez-vous ? Quelles sont vos influences ?
 

L.A. : Je partirais du rythme. Je joue des percussions, de la guitare, et je chante. Donc parfois la mélodie vient en premier, parfois le rythme. Parfois c’est une histoire que j’ai envie de raconter. Mais ma première identité, c’est la musique électronique. Lorsque j’étais à New York, j’y étais pour le jazz et pour le Drum'n'Bass, qui en 1998 était à son apogée. J’avais un groupe et j’étais alors très connectée à ce monde-là, avec Tricky, le label Metalheadz … Imaginez une Cubaine qui aime le rythme : pour moi ce genre était parfait, avec sa structure complexe, cette nouvelle texture. C’était comme un nouveau jouet. J’adorais ça parce que je le comprenais et ne le comprenais pas tout en même temps. Et je n’ai jamais vraiment quitté la musique électronique, tout en gardant une partie acoustique, pour ne pas perdre l’essentiel.

 

 

EVERMAGAZINE : Vous parliez d’une collaboration avec Castelbajac, et de l’importance du spectacle avec Nouvelle Vague. Votre expérience dans ce collectif a-t-il transformé votre rapport à la scène ?
 

L.A. : Je pense que l’essentiel est dans la déconstruction. Il y a eu tant de visages à Nouvelle Vague  qu’au sein de l’audience, qui est gigantesque, certains ont leur préférence : leurs chanteuses, leurs interprétations préférés. Le challenge était donc ne pas répéter ce qui avait déjà été fait mais de retirer, d’effacer tous les clichés qui étaient là depuis des années. Tout en restant connectée aux chansons. Cela m’a pris plusieurs mois pour trouver la façon de le faire. Et je l’ai trouvée en partant de la joie que je ressentais à transmettre cette musique aux gens. Parce que c’est bien la première fois pour moi, et que même si eux ont vu le spectacle 5 fois, depuis cinq ans avec 5 chanteuses différentes, il fallait que je montre ce qui pour moi était frais. Si Human Fly est plus jazzy à mes yeux, c’est vers là qu’il fallait que j’aille, pour ne pas en faire une caricature.

 

 

EVERMAGAZINE : Plus qu’un personnage, vous jouez donc surtout sur le naturel ?
 

L.A. : Oui, il faut que cela reste très primitif, organique. C’est mon côté cubain. La musique est un mode de communication entre animaux, après tout, et je veux que cela reste ainsi. Même sur des chansons plus intellectuelles, plus froides, plus réservées, à l’opposé de mon instinct, cela reste le même challenge. J’apprends donc avec ce spectacle. Et c’est bien.

 

 

EVERMAGAZINE : Comment pensez-vous que le public vous voit ? Quelles réactions avez-vous observées ?
 

L.A. : En louchant. (rires). Non, je crois que les gens sont impressionnés par le spectacle dans sa globalité, entre les lumières, les costumes, les détails de la scène, les formes géométriques, l’obscurité. Je pense qu’ils sont comme devant un film de David Lynch, face à un grand nombre d’éléments forts, qui prêtent à confusion. Je ne suis que l’un d’entre eux et c’est agréable de faire partie de quelque chose de plus grand. Pendant deux chansons seulement, Human Fly et Spiderman, des Cure, je suis mise en avant, au moment où le mur se brise. Et c’en est d’autant plus flamboyant.

 

 

EVERMAGAZINE : Vous êtes une très belle femme…
 

L.A. : Merci.

 

 

EVERMAGAZINE : Etre sur scène ne remet-il pas en jeu cette question de beauté ? Quelle image de femme essayez-vous d’y symboliser ?
 

L.A. : Je pense que la beauté que je veux incarner, celle que j’ai toujours admirée chez les femmes, que j’ai toujours voulu représenter, est celle de Marlène Dietrich ou d’Isadora Duncan, de femmes qui étaient libres, libérées, puissantes et malgré tout comme des enfants. Quelque chose de fragile et fort, de sensuel, mêlé à un amour du jeu. Je ne sais pas si j’incarne ces qualités mais j’aime définitivement ressentir que je tends vers cela.

 

 

EVERMAGAZINE : Et qu’est ce qui vous rend belle ? Quels moments, heureux ou difficiles, ont nourri votre personne et les traits de votre visage ?
 

L.A. : Ma disposition à l’aventure. Et ma volonté de prendre des risques, de savoir que je peux compter sur moi et mon instinct, sur la force de mon esprit, quelque soit la situation, même si le public est difficile, même si je suis loin de chez moi. J’ai confiance en ma guerrière intérieure et ressentir ça m’aide à avancer.

 

 

EVERMAGAZINE : Les guerrières utilisent des masques : la cosmétique, le maquillage, peuvent-ils avoir ce même rôle ? Rendre plus forte, se construire un autre personnage ?
 

L.A. : Et changer de masque ? Oui, j’adore le maquillage, c’est un vrai terrain de jeu. On peut transformer une partie de son visage avec un peu d’ombre à paupière bleue. L’intérieur reste le même, mais le plaisir de décorer la guerrière est immense ! (rires) Mais c’est vrai, pensez aux guerriers. Je suis allée voir une exposition géniale au Quai Branly, sur les samouraïs. J’ai été très impressionnée par les masques qu’ils mettaient pour partir en guerre : ils sont tous peints, décorés, les yeux et les sourcils sont accentués et il y a une raison pour ça. Le maquillage ne sert pas seulement à masquer, à couvrir un défaut mais aussi à mettre en avant un personnage, une force. Des sourcils plus accentués peuvent m’aider à aller à un rendez-vous à la banque, par exemple (rires). Si je veux être plus délicate, j’utilise du gloss, des choses qui brillent. J’adore Shu Uemura. Ils m’offrent beaucoup de produits pour la scène : j’ai besoin d’une grande variété de maquillage pour tous les looks que je dois avoir. Cette marque japonaise est fantastique, si délicate : même si tu en mets beaucoup, cela ne fait jamais vulgaire.

Se maquiller, c’est aussi un rituel. Je fais du thé, je mets de la musique et je rentre dans le personnage que je veux incarner. Parfois, c’est simplement une femme qui va à un rendez-vous galant. Et ça, c’est aussi un personnage !

 

 

EVERMAGAZINE : Prenez-vous beaucoup soin de vous ? De vos cheveux, de votre peau… Y faites-vous attention ?
 

L.A. : Et bien, ma mère m’a toujours dit que prendre soin de son esprit permet de mettre en avant sa beauté. Donc parfois c’est une queue de cheval et un bon livre, plus qu’un masque ou une manucure. Je pense qu’irradier une certaine beauté ne peut venir que de l’intérieur. Bien sûr, certains mannequins sont splendides. Mais pour celles d’entre nous qui ne sont pas mannequin, c’est sur cela qu’il faut se concentrer. Néanmoins, je cours, pour ma peau, pour mon esprit, régler mes problèmes, c’est mon truc. Et je danse. Je danse comme une folle, tout le temps. Pas seulement sur scène, chez moi, après les spectacles, lorsque je rentre à l’hôtel. Et le lendemain je suis radieuse ! L’énergie rend belle.

 

 

EVERMAGAZINE : Parlons des erreurs. Quels sont les pires faux-pas, en matière de beauté, que vous ayez pu faire ?
 

L.A. : Mes sourcils : je les ai épilés, une fois, tant qu’on aurait dit de la calligraphie. Ils étaient si fins ! Et j’ai un grand front donc ce n’était pas très joli. Une autre fois, j’ai mis de l’autobronzant et suis devenue entièrement orange. Le pire ? Un jour, j’ai été chez mon coiffeur, qui est très extravagant, très flamboyant, et il m’a dit : tu dois te raser la moitié de la tête. Il a donc fait une queue-de-cheval avec les cheveux du haut et il a rasé tout ce qu’il y avait en dessous, puis l’a teint en blanc. Noir et blanc… Mais ça a été ma coupe de cheveux préférée. Tout le monde a détesté. Mais j’ai adoré ça, parce que c’était une rébellion totale vis-à-vis de ce que la beauté doit être.

 

 

EVERMAGAZINE : Ce n’était donc pas à proprement parler, une erreur ?
 

L.A. : Je ne pense pas qu’il y ait d’erreur. Je pense que c’est une façon d’apprendre ce qui nous va ou pas. Je continuerai donc toujours à en faire.

 

 

EVERMAGAZINE : Et que prévoyez-vous pour les prochains mois ? Quels sont vos projets ?
 

L.A. : J’ai un nouveau projet, qui s’appelle Darling Darling. C’est un projet DJ, que j'ai débuté avec Mareva Galanter. Nous créons ensemble une atmosphère de fête. Nous avons des influences des années 80/90, assez Minimal, Electro. Je découvre toutes sortes de choses à travers ça. Et je m’amuse beaucoup. Nous ne faisons rien de commercial, c’est très sensuel, presque kitsch. Comme je suis Cubaine et elle Tahitienne, nous plaçons parfois des morceaux vintage au ukulélé. Nous allons faire une tournée en Grèce et avons joué à Courchevel en janvier 2012. C’est beaucoup de plaisir. Parfois c’est nécessaire, d’avoir un projet qui soit simplement « fun », parce que les projets simpes fonctionnent souvent mieux que ceux plus réfléchis, plus calculés. Dans la vie, même si le but vers lequel vous avancez semble droit devant, il faut généralement prendre des chemins de traverse pour y arriver. Darling Darling en est un.

 

 

EVERMAGAZINE : Vous allez donc être plus occupée que jamais ?
 

L.A. : Oh oui ! Mais c’est bien, cela m’offre la possibilité de choisir, de décider ce qui me convient le mieux. Et être DJ, c’est un métier qui consiste à découvrir sans cesse de nouvelles choses, ce qui définitivement influence mes compositions. Une fois encore, entre ça et Nouvelle Vague, quel que soit le projet solo que je montrais l’an prochain, il sera nourri de toutes ces expériences.

 

EN EXCLUSIVITE POUR EVER MAGAZINE,

LA VIDEO DU TITRE ONE SOUVENIR DE LISET ALEA

 

 
 

Interview : Lucille Dupré

Photos : Dan Carabas

Hair & Make Up : Momo Rauch