ETAT DE SIEGE COVER /// De la gauche aux quatre coins du monde

Une

Avant-Garde

Politique?

 

A l’heure où la France est prise dans un débat Aubry DSK Hollande qui ne fait pas vraiment rêver les foules, il semble important de faire un petit panorama des gauches mondiales et de ses leaders, ceux qui, parfois, arrivent à retrouver ce que le PS (et l’extrême gauche) semble avoir perdu depuis si longtemps : la capacité à rêver, à espérer et à croire en un changement, qu’il soit vrai ou ne soit qu’une illusion qui aura rendu la vie plus supportable.

 

Et, bien sûr, le champion toutes catégories confondues du rêve est bien entendu Barack Obama, le Président démocrate américain qui, pour certains esprits chagrins, serait à peu près autant à gauche que François Bayrou. Ce n’est pas entièrement faux. Mais là où Obama incarne une partie centrale de la gauche, c’est dans ces fameux « Fire up, ready to go »ou « Yes we can » qu’il lançait durant sa campagne, cette manière qu’il avait de faire croire même au plus cynique des observateurs politiques américains que l’on pouvait peut-être, encore, vouloir sortir de chez soi et tout simplement changer le monde.

 

Cet esprit utopique indispensable avait été mis de côté par le Président en exercice, au service des durs principes de la réalité et du gouvernement (« on fait campagne dans la poésie et l’on gouverne dans la prose » avait coutume de dire Mario Cuomo, l’ancien gouverneur de New York, père du gouverneur actuel). La réélection approchant, Obama tente bien naturellement (voire cyniquement) de réactiver cette poésie et remet actuellement la machine à rêver et à croire en marche.

 

Fonctionnera t’elle toujours après

le passage de la réalité et de ses inévitables compromis ?

 

La réponse à cette question sera sans doute encore plus importante et symbolique pour la gauche mondiale que le fut l’élection d’Obama. Cette réponse sera donnée en 2012 mais, à quelques milliers de km, d’autres leaders ont déjà répondu, créant chacun leur propre modèle.

 

La gauche sud-américaine est bien entendu la grande avancée de la gauche des années 2000, de Lugo au Paraguay jusqu’à Correa en Equateur en passant par Bachelet au Chili ou Morales en Bolivie. Une génération qui s’est parfois imposée contre le statu quo et s’est maintenue contre des mutineries ou quasi coups d’état, spécialement en ce qui concerne Morales ou Correa. Cette épidémie de gouvernements de gauche commence avec deux figures titulaires, parfaitement et merveilleusement opposées, afin de permettre une vision des deux grands choix s’offrant à la gauche d’une limpidité presque caricaturale.

 

A ma droite, Lula, l’ancien Président du Brésil, élu, réélu et ayant placé son dauphin à la tête du pays. Un exemple type de l’ancien radical devenu centriste réformateur, ayant fait la paix avec le « big business » afin d’attirer les capitaux et de transformer, pour le pire et le meilleur, le Brésil en puissance mondiale économique de premier plan.

CHAVEZ-LULA /// ©Roc Chaliand

A ma gauche, Chavez, Président rééligible à vie du Venezuela, ancien centriste fasciné par Blair qui s’est reconverti en apôtre radical de la gauche utopiste et alter mondialiste, réclamant au passage la succession de Castro comme figure numéro un de la révolution prolétaire mondiale.

 

Le contraste est si parfait qu’il cache bien sûr, des vérités plus complexes et floues. Mais, à la limite, ce qui est intéressant ici est précisément la légende, pas les faits (comme dirait John Ford) et le mythe sur les possibilités de la gauche qui se perpétue à travers eux.

 

 

Réforme

ou

révolution ?

-

Capitalisme tempéré de justice sociale
ou
triomphe du prolétariat ?

 

 

Ces deux présidents ayant connu un franc succès (politique, au moins) de long terme dans leur manière de gouverner, la question reste ouverte et semble même constituer une énigme pour la gauche destinée à n’être jamais résolue.

 

De bien des manières, le débat/modèle proposé par le binôme Chavez/Lula se reflète parfaitement dans la situation française actuelle, en accentuant encore plus la caricature. En effet, le duel idéologique et politique entre Mélenchon et Strauss-Kahn rejoint bel et bien les mêmes lignes de force. Mélenchon est l’histrion d’une gauche utopique, aussi idéaliste que démago et populiste. DSK est l’exemple type du réformateur capitaliste, pragmatique, compétent et même enthousiasmant, mais qui sera toujours considéré, selon la définition que faisait Mitterrand de lui, comme « le candidat des patrons ».

 

De ce point de vue, la crise de leadership annoncée au sein de la gauche est plutôt saine, le débat entre les tendances étant véritable et correspondant à des questions fortes qui méritent en effet d’être tranchées, pourquoi pas par une primaire. DSK et Mélenchon font chacun, à leur manière, rêver. Reste à savoir quel rêve la gauche veut choisir, surtout face à un François Hollande bourré de qualités mais qui a un mal de chien à incarner, peut-être par honnêteté plus encore que par manque de charisme, des lendemains qui chantent, indispensables et vains à la fois. Le PS ne touche donc pas encore vraiment le fond, même s’il se fait régulièrement peur et a, comme horizon négatif et destin/repoussoir, l’exemple pédagogique, effrayant, de la gauche italienne, le PLD.

 

Le PLD a, sous bien des aspects, réussi à démêler des questions qui hantent encore le PS et à se structurer de manière efficace. Et, pourtant, il incarne sans doute la crise la plus sévère des gauches européennes. Tout simplement, son déficit de leadership, de programmes et de solutions est si profond que, pour bien des politologues italiens, il maintient Berlusconi au pouvoir.

 

« Le berlusconisme est mort », déclarait récemment un journaliste italien, « mais il n’a pas d’alternative ». Une vérité douloureuse qui crée la confusion actuelle avec ce terrible constat : malgré toutes les casseroles et l’impatience créée par le Président du Conseil italien, si une élection était anticipée, il la gagnerait probablement, faute d’adversaires.