GRECE CRISE DANS LA CITE COVER

C’est une situation à la fois neuve et éculée. Le 23 février 2011, une grève générale et une manifestation massive viennent d’ouvrir une nouvelle année de révolte en Grèce. 30 000 personnes à Athènes et 15 000 autres dans le reste du pays se sont en effet une fois de plus rassemblées contre les mesures prises par le gouvernement, pour abaisser le déficit grandissant. Pendant 24 heures, une grève générale du secteur public, ferroviaire et aérien a parallèlement été lancée.

 

Un mouvement large de protestation, donc, opposé au plan d’austérité imposé par l’Europe à ce pays qui fût le premier, en 2009, a être touché de plein fouet par la crise de la dette publique.

 

Mais revenons aux prémisses de cette dépression. La récession de 2008 a en effet eu comme conséquence de profondément atteindre les dettes publiques européennes, celle de la Grèce en première ligne. En novembre 2009, son déficit correspond déjà à 12,7% du PIB et l’Union Européenne menace immédiatement de sanctions. À mesure que ce déficit se creuse au fil des mois, le plan d’austérité prévu se fait plus dur, jusqu’à mettre le feu aux poudres. Le 24 février 2010, il y a un an tout juste donc, les premières grèves voient le jour.

 

L’Europe, face à ce premier cas (qui se répercute ensuite en Irlande et au Portugal, principalement), tarde à adopter une ligne fixe, mais finit par aboutir en mai 2010 à un plan de soutien. 500 milliards d'euros sont alloués, auxquels viennent s'ajouter 250 milliards, apportés par le FMI. En contrepartie, la Grèce est chargée de réduire son déficit à 3% d’ici 2013. Et c’est sur ces conditions que les manifestations viennent tout juste de reprendre.

 

Il semble en effet impossible, aux yeux de la population mais aussi d’un nombre de plus en plus important d’experts, d’aboutir à un tel résultat en si peu de temps. Anthony Livanios, économiste interrogé par le Wall Street Journal, estime que « les mesures d’austérité affectent la population avec plus d’acuité encore qu’auparavant », que « la situation économique est en passe de devenir extrêmement dure, à la fois pour les entreprises et les travailleurs ». Et qu’enfin « malgré cela, le gouvernement semble déterminé à poursuivre son programme ».

 

La principale nouveauté de ce mouvement de contestation est qu’il dépasse dorénavant les services publics et le champ salarial : la Confédération du Commerce Hellénique, comprenant médecins, journalistes et autres professions libérales, s’est joint mercredi aux manifestants.

 

D’après le journal grec Ekathimerini, près de 50 000 dirigeants seraient en outre prêt à « plier bagage » et à chercher des postes à l’étranger. L’aggravation de la situation économique du pays explique le mouvement du 23 février, qui a fait 25 blessés parmi lesquels 15 policiers. Elle explique également la teneur de celle-ci : une colère grimpante contre le gouvernement de Papandreou. Rassemblée sur la place de Syntagma, la foule scandait un même slogan, réclamant tous le départ de leur Premier Ministre.

 

Un Premier Ministre qui se trouve peu à peu dans une impasse, acculé entre une population en colère et l’Union Européenne, qui refuse pour l’instant de transiger. George Papandreou a de ce fait entamé le 21 février une série de visites auprès des chefs d’Etats de l’UE, afin de les convaincre de prolonger le délai prévu de remboursement et d’abaisser ses taux d’intérêts. Et sa rencontre avec Angela Merkel, le 22 février, semble avoir ouvert certaines perspectives : les « 27 » devraient prendre une décision à la mi-mars. Un nouveau délai pour un pays qui ne pourrait bientôt plus avoir comme unique porte de sortie l’abandon de l’euro.

 

 

Trois ans après le début de la récession,

la crise semble plus ancrée que jamais dans la Cité.

 

 

La Cité, en grecque, peut être traduit par Polis ; elle désigne un ensemble autonome de citoyens dans la Grèce Antique, qui peut être défini autour de trois critères.

 

Le premier et plus fondamental est d’ordre social : la Cité est d’abord caractérisée par ceux qui la constituent.

Le second critère est géographique : son territoire se doit d’être spatialement précisé.

Le troisième concerne son rayonnement vers l’extérieur, ses liens avec les autres « Poleis ».

Dans la situation actuelle de la Grèce, le premier et troisième critère sont actuellement ébranlés, par le mécontentement grandissant de la population et la difficile position du pays au sein de l’Union Européenne.

 

Mais le second critère, également, trouve en ce moment même un écho particulier. Une découverte archéologique des plus importantes vient en effet d’être faite, de manière accidentelle, au cours des travaux de la ligne ferroviaire décatie du métro athénien. Les ruines d’un monument, l’Autel des 12 Dieux, ont été trouvées non loin de l’Agora, au nord-ouest de l’Acropole. Enseveli sous les voies ferrées du métro et situé au cœur de la ville, cet Autel correspondrait à un centre historique mentionné, entre autres, par Thucydide, un centre à partir duquel toutes mesures (numéros de rue etc) étaient prises. La compagnie ferroviaire, ISAP, refuse néanmoins pour l’instant d’arrêter ou même de ralentir les travaux de la ligne Piraeus-Kifissia.

 

Il y a pourtant une valeur hautement symbolique à la découverte d’un tel centre. Au moment même où la Grèce est déséquilibrée et où le Ministre des Finances, Papaconstantinou, admet, au lendemain des manifestations, que le pays est au « pire de sa crise, à un point où il semble difficile de voir comment nous allons pouvoir nous en sortir ».

 

Pour comprendre les liens qui peuvent exister entre la situation économique actuelle et la portée historique de la révélation de ce monument, il suffit de donner la voix aux archéologues envoyés sur le site. En effet, selon Angelos Matthaiou, secrétaire de la Société d’Epigraphie, enterrer à nouveau l’Autel des 12 Dieux « reviendrait à admettre, qu’en tant que société, nous avons failli à notre devoir, que nous avons autorisé d’autres à dicter la façon dont nous nous chargeons de notre héritage antique et tout abandonner au profit de ceux qui échangent nos consciences contre des biens matériels ».

 

 

Texte : Lucille Dupré