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Chose assez rare pour ne pas la manquer : un festival, intitulé Circulation(s), se consacre à la jeune photographie européenne. Du 19 février au 20 mars 2001, les œuvres de 42 artistes sont en effet exposées dans les jardins de Bagatelle : photographes émergeants, ils sont pour moitié d’origine française, pour le reste issus d’une multitude de pays (Lituanie, Belgique, Italie, Ukraine etc) du Vieux Continent.
De ce Vieux Continent qui semble pourtant avoir tant de difficultés, ces derniers temps, à rendre compte de l’évolution de notre monde. Devant les révoltes du Maghreb et du Moyen-Orient, les personnalités politiques de l’UE n’ont cessé, ces dernières semaines, de se montrer mal averties face à la liberté d’expression dont a fait preuve ces populations. Depuis la Tunisie jusqu’en Lybie , en passant par l’Egypte. Et, à l’origine de ces révoltes démocratiques, il y a également une jeune génération. L’emblème le plus fort de ce vaste mouvement n’est-il pas Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant tunisien de 26 ans, dont l’immolation a mis le feu aux poudres? En Algérie, de même, les étudiants sont au cœur du mouvement : Jeudi 17 février, 38 universités se regroupaient à Alger pour faire front.
Alors que nous avons tous les yeux braqués sur cette région du monde, traiter de la jeunesse européenne peut sembler hors propos, décalé. Circulez y’a rien à voir ? Ce jeu de langage autour du titre de ce festival est doublement mauvais. La première édition de Circulation(s) nous prouve bien au contraire qu’il y a quelque chose à voir dans et depuis l’Europe. Ces 42 photographes sont, évidemment, des « gosses de riches », à la manière de ces « petits adultes » que photographient Anna Slakdmann, jeune allemande de 24 ans vivant à New York et qui a fait le portrait des enfants de ces « Nouveaux Riches » russes, élevés « pour devenir l’élite ». Petite fille alanguie sur un sofa, jeune garçon tenant un fusil de plastique comme un mafieux véritable : nos photographes, d’une certaine façon, s’emparent du monde avec des yeux similaires. Tout à la fois conscients de la brutalité de ce qui les entoure et émerveillés, ils questionnent leur génération et sa façon d’habiter le continent européen.
Ils en définissent les contours, tel Pavlos Fysakis, parti au quatre « fins » de l’Union Européenne : à Gavdos, au Sud, à Nordkapp, au Nord, à Sintra, à l’Ouest et dans l’Oural, à l’Est. Quatre points cardinaux à l’intérieur desquels ces artistes se baladent, tissent des liens de l’intérieur ou croisent leurs regards : Alessandro Imbriaco traitent des nouveaux immigrants qui vivent dans les rues de sa propre capitale, Rome, tandis que Chiara Dazi, également italienne, s’en va dans les quartiers déshérités du stade de Liverpool. Ces jeunes Européens sont loin d’être les enfants gâtés qu’on aurait pu penser. À l’ère de l’individualisme, ils réapprennent le vivre ensemble en fondant des collectifs : les Belges de Caravane se regroupent pour partir faire des reportages aux confins de l’Europe, ParisBerlin, de leur côté, rassemblent, comme leur nom l’indique, des photographes parisiens et berlinois. Ils présentent à Bagatelle un cadavre exquis, jeu surréaliste à 47 mains et deux nationalités. L’Europe est une zone libre de circulation, dont les frontières ne se résument néanmoins pas à l’espace Schengen.
Elle n’est pas un îlot imperméable au reste du monde, quoique les récentes réactions des divers chefs d’état de l’Union aient pu laisser penser. Très naturellement, les jeunes artistes incluent la Russie, par exemple, européenne géographiquement, mais qu’ils pensent comme une porte vers l’Asie. Lucia Ganieva, hollandaise, s’est intéressé à une ethnie méconnue de Russie Centrale : les Udmurts. De son côté, le russe Tim Parchikov s’est rendu à « Magnitogorsk », le « Mont Aimant », traversé par la rivière Oural, frontière exacte de séparation entre ces deux continents. Ce lieu est une « anomalie magnétique », entièrement constitué de fer extrait pendant la période soviétique par des prisonniers des Goulags. Parchikov y fait un constat actuel : un fossé laissé vide dans une des villes les plus polluées du pays, mais avec laquelle la population a appris à vivre en paix. « Il n’y a plus d’illusion mais on ne voit pas de désillusion non plus ».





