WALL MART A HOLLYWOOD

1,5 million d’employées se sont regroupées pour attaquer Wal-Mart, le géant américain de la grande distribution, pour discrimination.

C’est un peu l’histoire d’Erin Brockovich, un procès collectif instauré contre un grand groupe, comme il y en a tant aux Etats-Unis. Ce type de litige nous est généralement présenté comme le combat de David contre Goliath, une instance faible et discriminée face à un pouvoir puissant et fortuné.

Dans l’affaire Brockovich, rendue entre autres célèbre par le film qu’en a tiré Soderbergh, une centaine de victimes était empoisonnée au chrome hexavalent, déversé dans le système d’eau potable d’une petite ville de Californie dans les années 90. 333 millions de dollars sont à l’époque réclamés à la Pacific Gas and Electric Company, responsable de cette catastrophe écologique et sanitaire.

Mais ce que l’on retient de l’affaire (ceci étant sans doute dû au fait que Julia Roberts ait fait de Brockovich une icône aux longues jambes), c’est la position d’une femme, qui malgré une très faible formation en droit est parvenue à faire trembler une grande institution américaine.

Un symbole du rêve américain, en somme.

Dans le cas du procès contre Wal-Mart, on voit ce phénomène prendre une ampleur sans précédent. Tout d’abord en raison du nombre de plaignantes : Avec 1,5 million d’employées recensées, il s’agit de la plus grosse plainte en nom collectif jamais déposée aux Etats-Unis. Et c’est de cette particularité que la Cour Suprême doit aujourd’hui juger, à savoir si la totalité de ces femmes peut être réellement considérée comme un groupe homogène. Celles-ci, travaillant dans 3400 magasins et à 170 postes différents, entendent malgré tout mener l’affaire de front

A la base de ce procès, entamé le 6 décembre 2010, il y a néanmoins une seule et unique femme. En 2001, Betty Dukes, caissière pour la grande chaîne de distribution, s’aperçoit que des hommes occupant le même poste qu’elle, et avec une ancienneté moindre, ont un salaire plus élevé. Par la suite, Stéphanie Odle découvre avoir été exclue d’un poste de manager pour s’être présentée comme la « mère célibataire d’un enfant de 6 mois ». Cinq autres employées les suivent rapidement et déposent une première plainte pour diffamation, mais Betty Dukes, encore aujourd’hui, demeure le porte-parole de cette ouragan féminin. Le temps passe et les chiffres tombent : si 70% de la force de travail de Wal-Mart se trouve être féminine, seulement un tiers de celle-ci se trouve détenir des postes à responsabilités.

En 2007, un juge fédéral les autorise à porter à la cour une plainte collective, cette fois, en leurs noms. Le fait même que ces femmes soient parvenues à ce stade est en soit un exploit. Aux Etats-Unis, plus de 57 % des plaintes pour discrimination sont en définitive jugées comme sans fondement. Et seulement 10% de celles-ci sont prises en charge par la justice, les autres se voyant réglées administrativement.

Et cette plainte court encore le risque de suivre la même voie, aux vu des détracteurs qui crient au canular.

1,5 million de plaignantes,

trop gros pour être vrai ?

Si l’on peut se croire en pleine fiction, Brad Seligman, l’un des avocats de ces femmes, explique ce cas unique en ces termes : « Seule la taille de ce procès est inhabituelle, et ceci est dû à la taille même du groupe Wal-Mart et à l’importance de la discrimination dont il a fait preuve. Il n’y a pas d’exception « trop grande pour être vraie » dans le droit civil ».

Pour Robin S. Conrad, vice-président de la Chambre Nationale des Litiges, « ce cas d’importance pourrait même servir de modèle à tous les futurs cas d’action collective ». Ce procès, par son envergure, aurait la capacité de changer la face de la justice américaine et en particulier ses positions sur les inégalités hommes / femmes.

Dans un pays où tout événement de taille se doit d’avoir sa version cinématographique, il ne reste donc plus qu’à Hollywood de produire un film sur cette extraordinaire aventure féminine. On attend la remplaçante de Julia Roberts avec impatience.

Lucille Dupré