Noël en chinois, cela s’écrit 圣诞节, en russe Pождество et en arabe عيد ميلاد.
Mondialisation oblige, ce mot est en ce moment sur toutes les lèvres, sur toutes les unes de journaux. Du traité scientifique de la boule de neige jusqu’à un village chinois du Père Noël, en passant par une guerre politique de la carte de vœux, voilà donc un tour du monde des plus curieuses nouvelles sur le sujet.
Noël ne serait pas Noël sans son florilège nostalgique. Au Canada, il semble que les traditions aient la dent dure et que le mois de décembre ne puisse être parfait sans l’éternelle même série de films pour enfants : Rudolph, Frosty the Snowman etc. Un journaliste du National Post se désespère du manque de renouveau. Il se fait gentiment (époque sucrée oblige) rabrouer. Les diverses maisons de productions interviewées lui rétorquent en effet que l’ironie ambiante de notre époque est peu compatible avec le folklore rouge et vert.
Au même instant, les Etats-Unis nous prouve pourtant le contraire : le plus grand des symboles de fêtes peut aussi produire les plus joyeux sarcasmes ... et le plus formidable des fiascos. Au cours d’une parade de village, le nez rouge du très américain renne Rudolph n’a pas pu passer au vert. Question de taille :
Car si le 21ème siècle n’est que peu conciliable avec la béatitude nécessaire en cette période, il a irrémédiablement transformé nos traditions, en leur ajoutant une légère goutte de cynisme. Nous connaissons tous la légende urbaine qui veut que Coca-Cola soit à l’origine des beaux habits rouge et blanc du Père Noël. Elle a été mille fois démontrée.
Sauf en Islande, où chaque année le passage du train de la marque fait, malgré tout, le bonheur des petits et des grands. Noël ne serait donc plus qu’une fête commerciale ?
Ce n’est pas à Abu Dhabi que l’on nous dira le contraire : au très chic Emirates Palace, le gigantesque sapin a été entièrement recouvert de bijoux précieux, en signe « d’ouverture et de tolérance ». Serait-ce pour mieux nous ressembler ? Cette fête a beau être un événement chrétien, elle est célébrée dans de plus en plus de pays, qui entendent bien se l’approprier.
Ainsi, en Chine, le village nordique de Mohe s’est transformé pour l’occasion en village du Père Noël. A la frontière sibérienne, il y a bien la neige, les températures extrêmes du Pôle Nord, mais notre gros bonhomme à la barbe blanche saura-t-il manger la dinde avec des baguettes ?
L’Irlande répond par un « non » catégorique : les plus infimes détails de Noël méritent la plus grande des précisions. Un quotidien local, The Independent, a ainsi pris la décision de publier un très sérieux (ou pas) article scientifique sur la question. Et prodigue de précieux conseils pour être le roi du « cracker » (d’un mouvement sec et horizontal), de la boule de neige (ou comment réduire l’oxygène contenu dans le projectile de 95%) ou de la fabrication d’un authentique flocon (avec une bouteille en plastique).
Au Japon, on va même jusqu’à donner une allure technologique à la chose. D’après le Japan Times, le « must » à glisser sous le sapin le jour dit serait en effet des gants lumineux, dotés de LED clignotantes.
Les journalistes du monde entier sont tenus par leur rédaction de produire au moins un article sur la Nativité. Certains cherchent à s’en tirer avec un peu d’humour, d’autres décident d’en faire un prétexte pour parler politique. Sur Mosnews, on table dans les deux camps.
Il semble en effet qu’en Russie une simple boule de Noël ait la capacité de clore définitivement la Guerre Froide. Une usine, l’Ariel Plant, y a produit une série de ces décorations pour sapin à l’effigie de Barack Obama. Peints à la main, ces coûteux objets devraient bientôt parvenir dans les boîtes aux lettres des hauts dignitaires de Washington. Leur fabrication était initialement prévue en Chine, mais il faut croire que les ennemis changent avec le temps.
Pas si paisible, la trêve des chocolatiers ? C’est ce que nous prouve en tout cas l’Angleterre qui, de son côté, déterre la hache de guerre. Carrie Quinlan, du Guardian, se sert de la « so british » carte de vœux pour dresser une virulente critique de ses dirigeants. Leurs désastreux choix en la matière est au cœur de la cible : une photo de famille pour David Cameron, un dessin de ses enfants pour Nick Clegg. « Cela doit être déjà assez exaspérant de recevoir les vœux de bonne année de ceux qui viennent de couper tous vos budgets, mais si cela s’accompagne de l’image de leur bonheur domestique, cela devient franchement intolérable », susurre-t-elle aux oreilles de ces hommes politiques.
Enfin, sur le port de Hong Kong, les décorations lumineuses produisent grosso modo la même hargne. Une association écologique manifeste ainsi chaque année contre ces dépenses inutiles en électricité. Avec des pincettes et en silence, malgré tout : pas question de perdre « l’esprit de Noël ».
Entre ironie, humour, cynisme et guerre politique, en aurions-nous assez des sempiternels chants, dindes farcies, lutins clignotants et sourires de rigueur ? Si comme beaucoup, vous êtes déjà au bord de l’indigestion, l’article du magazine californien Wired devrait vous ravir. Le chroniqueur Lore Sjöborg y dresse en effet la liste la plus « anti Christmas » qu’il soit.
Nous vous la livrons, en guise de conclusion :
Il ouvre le bal avec Christmas Island, île australienne où un bateau empli de réfugiés iraniens et irakiens a fait naufrage ce mois-ci. Trente personnes y ont perdu la vie. Il poursuit avec le Christmas Bullet, avion américain considéré comme le pire jamais construit : il s’est crashé à chacun de ses essais, tuant chaque fois le pilote à son bord. Il s’ensuit la Christmas Disease, un type d’hémophilie extrêmement rare, et les Christmas Beetles, coléoptères qui dévorent chaque année en Australie des hectares de feuilles d’eucalyptus.
Pour finir, il nous présente le délicieux Lee Christmas, mercenaire du siècle dernier qui, en Amérique Centrale, a retourné sa chemise par deux fois, se liant d’amitié avec un certain « Machine Gun » Mollony. Petit détail en guise de dessert : il aimait à mâcher du verre.
Sur cet irrévérent tableau, l’équipe d’EVER vous souhaite un très joyeux Noël.
Lucille Dupré