MENACE TERRORISTE

Quelle est l'importance

de la menace terroriste?

 

 

L'annonce, faite par les États-Unis, selon laquelle une vague terroriste pourrait menacer l'Europe occidentale et la mise en garde concernant les citoyens américains désireux de se rendre en Europe ne paraît-elle pas participer du climat psychologique propre à rendre, une fois de plus, service aux jihadistes ?

 

L'Institut International des Études Stratégiques de Londres signalait dans une publication récente que les États-Unis n'ont cessé, depuis les lendemains du 11 septembre, de maintenir la menace au rouge, sa limite extrême.

 

Devant la présidence de G.W Bush, la « guerre globale contre le terrorisme » a constitué une arme de propagande efficace, à la fois pour promouvoir une stratégie agressive et pour aider à la réélection d'un président capitalisant sur la peur de ses concitoyens après le traumatisme du 11 septembre 2001. C'est, faut-il le rappeler, après cet événement que les néo-conservateurs et leurs alliés dans l'administration ont pu orienter la politique de Washington vers le remodelage du « Grand Moyen Orient » dont on ne parle plus et dont l'investissement de l'Irak était l'objectif premier.

 

L'instrumentalisation du phénomène terroriste a été, à cet égard, utile pour l'administration précédente.

 

Raymond Aron écrivait en substance qu'un acte terroriste produisait un impact psychologique infiniment plus important que ses effets physiques. C'est en effet dans les esprits (et les volontés) que se joue le phénomène terroriste. A cet égard, l'observateur le plus superficiel peut constater que depuis bientôt dix ans, l'écho médiatique du terrorisme surpasse infiniment, ses résultats. Encore faut-il s'entendre sur l'usage du terme « terroriste ».

 

Le département d'État avait dénombré, pour l'année 2006, un peu plus de 15 000 attentats. C'était additionner, de façon systématique, les insurrections en Afghanistan, en Irak, au Cachemire, au Sri Lanka ou en Tchétchènie. La guerre irrégulière mêle guerrilla et terrorisme et constitue une catégorie fort différente par son intensité, avec des attentats ponctuels, perpétrés ici ou là par des groupuscules, sans base de masse organisée. Aussi le nombre d'attentats majeurs qu'on peut attribuer aux diverses mouvances se réclamant de l'Al Qaïdaïsme se limitent-il, à l'échelle internationale, à une soixantaine en près d'une décennie. Dans ce cadre, certains États ont été plus particulièrement frappés. Ils sont au nombre d'une dizaine et en très grande majorité musulmans, bien que ce soit l'Inde qui soit le plus souvent la cible d'organisations dont le Pakistan est à la fois le sanctuaire et le pourvoyeur.

 

Un conflit classique étant en principe exclu entre deux pays détenant le feu nucléaire, l'arme du terrorisme constituant, aujourd'hui, l'outil de rétorsion du Pakistan contre la présence croissante de l'Inde en Afghanistan, qui représente pour Islamabad un « arrière stratégique ». Si une stratégie se juge à ses résultats, la bilan d'Al Qaïda et de ses émules en Occident est mince. Les attentats réussis en Europe se limitent à Madrid et à Londres. Aux États-Unis, une tuerie au Texas en 2009 causant la mort d'une demi-douzaine de personnes.

 

Bien sûr, le nombre de tentatives déjouées est beaucoup plus important, à commencer, aux États-Unis, par celui de Time Square à New-York ou des essais avortés de faire exploser un avion, que ce soit le « shoe bomber » de 2006 ou du Nigerian, cette année, à bord d'un vol se rendant d' Amsterdam aux États-Unis. Notons que l'échec du projet eut presque autant d'impact que s'il avait réussi.

 

Des tentatives récentes organisées à partir du YemenAl Qaïda est numériquement plus important semble-t-il qu’en Afghanistan et au Pakistan, démontrent une montée relative de la menace. Si ces attentats ont avorté, cela tient essentiellement au degré d’infiltration réussie par les services saoudiens. En France, chaque année, les services spécialisés déjoueraient, en moyenne, deux attentats potentiels, à des niveaux de préparations différentes. En Grande-Bretagne, quatre à cinq attentats en préparation auraient été neutralisés. Al Qaïda au Maghreb ( AQMI ) est une appellation adoptée il y a quelques années par une organisation affaiblie, décidée à redorer son blason. La présence de celle-ci au Sahel ( Mauritanie-Mali ) se renforce, elle est évidemment désireuse de réussir une opération spectaculaire sur le territoire français. Tout, dans le domaine du clandestin, peut être, à tout moment, possible.

 

Pour la France, Al Qaïda au Maghreb ( AQMI ) représente l’adversaire le plus sérieux et les négociations engagées autour des otages français risquent d’être une longue partie de bras de fer aux conséquences violentes.

 

Cependant, la menace que fait courir le terrorisme est très surestimée, ne serait-ce que par rapport à l'importance du trafic de la drogue et de ses conséquences. N'est-il pas raisonnable de souligner que le terrorisme ne peut nullement prétendre modifier en quoi que ce soit le statu quo mondial? Il s'agit d'une considérable et coûteuse nuisance, ne faisant qu'un nombre très limité de victimes si l'on compare celles-ci à la plupart des maux qui affectent la planète. Nous sommes préservés et si fondamentalement en sécurité, quoiqu'en disent certains, que nous ne nous rendons plus compte, dès qu'un phénomène est largement relayé par les média de masse, de la portée réelle d'une menace.

 

La probabilité d'être victime d'un attentat terroriste, lorsqu'on est citoyen d'un pays occidental est si faible qu'on peut la considérer comme nulle par rapport aux risques de la circulation. Les États-Unis, le pays le plus puissant du monde est aussi celui dont la population est la plus conditionnée par la peur.

 

Les mises en gardes concernant le tourisme en Europe occidentale en témoignent, à l’échelle de l’état comme à celle des citoyens préocuppés par leur sécurité jusqu ‘à l’obsession.

Faut-il rappeler que la délégation américaine au Festival de Cannes il y a une quinzaine d’années après les attentats de la station St Michel, à Paris, avait renoncé à participer à cet évênement. Celle-ci était pourtant dirigée par Sylvester Stallone, qui à l’époque incarnait Rambo.

 

Le statu quo mondial évolue avec la réémergence de certains pays et les émules d'Al Qaïda n'en font pas partie. Ils contribuent, au contraire, à accroître, par l'archaïsme qu'ils imposent, le retard d'une importante partie des sociétés musulmanes.

 

La réponse au défi de la modernité dont l'Occident est porteur, est dans la croissance économique, comme l'ont compris depuis quelques temps, déjà la Chine, l'Inde et la Turquie.

 

 

Texte : Gérard Chaliand