OBAMA@BOLLYWOOD

Après des élections de mi-mandat houleuses, Barack Obama a entamé une série de visites diplomatiques en Asie par trois jours en Inde. Ce voyage, à 48h du G20, signe le retour sur la scène internationale d’un président sur la sellette.

C’est la toute première visite du président américain dans le deuxième pays le plus peuplé au monde. Alors que les débuts de son mandat ont été sérieusement remis en cause ces dernières semaines, Barack Obama a tenté à des miles de son pays de défendre la politique qu’il mène depuis deux ans.

S’il peut en effet sembler curieux que ce président « fuie » les Etats-Unis alors que son image est au plus bas, une alliance commerciale renforcée avec l’Inde pourrait permettre, au moins en partie, de surmonter la crise économique qui secoue son pays. Et donnerait au passage la possibilité de contrecarrer la vertigineuse ascension chinoise, très impopulaire aux USA (aux vues de certaines vidéos de campagne passablement douteuses)

Alors qu’il a annoncé vouloir doubler les exportations américaines dans les cinq prochaines années, le commerce entre les deux pays a en effet déjà permis d’engranger 32 milliards de dollars [22,9 milliards d’euros] au cours des huit premiers mois de l’année 2010. Ce chiffre pourrait encore augmenter et générer de multiples emplois.

Le secteur le plus concerné, et le plus controversé alors que le convoi « le plus radioactif au monde » vient d’achever sa route, est l’énergie nucléaire. Des entreprises comme GE Hitachi et Westinghouse devraient prochainement arriver sur le marché indien. L’enjeu, ici, pour le président américain, est de convaincre l’Inde de renoncer à certaines dispositions contraignantes prévues à ce sujet. Adopté par le pays asiatique en août dernier, le « Nuclear Liability Bill » définit la responsabilité des fournisseurs étrangers de technologie nucléaire en cas d’accident et fixe les dommages et intérêts qu’ils devront verser.

Mais il semble qu’il soit parvenu à plus de confiance, en faisant peser sur la balance la question du respect des Droits de l’Homme.

Barack Obama a en effet critiqué ouvertement le gouvernement indien sur ses relations avec la Birmanie. L’Inde est le quatrième partenaire commercial du Myanmar, derrière la Thaïlande, la Chine et Singapour. En juillet dernier, le chef de la junte birmane avait été accueilli avec les honneurs lors d'une visite officielle à New Delhi. Au moment même où les élections dans ce pays prennent une tournure de moins en moins diplomatique (lire à ce sujet notre article   Birmanie /// Quand une Dictature se grime en Démocratie ), le président américain a accusé le pays asiatique d’avoir « souvent évité ces questions » lors des grandes réunions internationales.

Il a en outre appelé à trouver une « solution » au conflit mené au Cachemire, territoire qui demande son indépendance et où l’insurrection actuelle a fait plus de 100 morts depuis juin 2010 et à engager des négociations avec le Pakistan, avec lequel les relations sont fortement compromises depuis les attentats de Bombay de novembre 2008.

Ces diverses critiques ne sont pas sans but : Barack Obama a profité de sa visite pour appuyer la candidature permanente de l’Inde au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ce pays y a obtenu un siège de deux ans, qui entrera en vigueur au premier janvier, au côté de l'Allemagne, l'Afrique du Sud, la Colombie et le Portugal, mais y brigue depuis des années une place définitive. Et même si cette annonce tient plus de l’ordre du geste diplomatique que d’une avancée concrète, elle a un poids qu’aucun autre président n’aurait pu apporter.

Il ne faut pas oublier que juste avant Liu Xiaobo, c’est Barack Obama qui avait été nommé Prix Nobel de la Paix.

Pourra-t-il de cette façon retrouver l’image glorieuse qu’il avait alors ? Retrouver l’immense élan international qu’il avait suscité lors de son élection ?

L’Inde répond à ces questions par un clin d’œil. Son industrie cinématographique sort en effet dans quelques jours une comédie intitulée Phas Gaya Re Obama [Obama est piégé] . Ce conte narre l’histoire de gangsters indiens aux activités ralenties par la crise économique internationale. Ils décident alors de kidnapper un de leur compatriote exilé aux Etats-Unis et de demander pour rançon que Barack Obama … remette sur les rails l’économie mondiale.

Bollywood a peut-être tout compris.

Lucille Dupré