BIRMANIE: Quand une Dictature se grime en Démocratie

La situation semble s’améliorer en Birmanie, pays tenu depuis plus de trente ans par la main de fer d’une junte militaire. Le climat politique s’assouplit et de moins en moins de birmans fuient coûte que coûte le Myanmar. Une lente mais certaine transition démocratique se met en place.

 

Deux évènements notoires récents viennent appuyer cette première constatation. Lors d’une rencontre avec des partenaires asiatiques à Hanoï, le gouvernement birman a en effet évoqué la possible libération d’Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix en 1991 assignée à résidence depuis 1990. Sa peine devrait s’achever juste après les prochaines élections, prévue le 7 novembre prochain.

 

L’autre événement de taille est la tenue même de ces élections. Un scrutin législatif de ce type n’a en effet pas eu lieu depuis 1990. Les résultats, finalement annulés, avaient alors donné la majorité à l’opposition, le LDN (Ligue Nationale pour la Démocratie), présidé par Aung San Suu Kyi. Les éléctions promises depuis 2008 ont sans cesse été repoussées. Il semblerait que les birmans se rendront bien aux urnes, cette fois.

 

Les éléctions sont assurées, mais dans quelles conditions ?

 

La libération de la dirigeante du LDN n’intervenant qu’après celle-ci, il semble tout d’abord plus que caduc qu’elles aient lieu dans un climat politique favorable. Le sort de cette femme, internationalement médiatisée, est en outre étroitement lié à celui de plus de 2000 prisonniers politiques, eux aussi toujours emprisonnés.

 

Le 27 octobre 2010, Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU a exhorté la junte à les libérer : même si leur acquittement ne signifie pas qu’ils obtiennent le droit de vote, et encore moins qu’ils soient éligibles, il pourrait au moins donner un air de démocratie à ces futures élections.

 

Le mot est lancé : Démocratie.

 

Une démocratie est définie comme telle lorsque son peuple est souverain : annuler le résultat des précédentes élections éliminait depuis trente ans la Birmanie de ce type de régime politique. Malgré cela, la junte, dirigée par Than Shwe et Maung Aye, tente depuis quelques années de s’en donner l’apparence. Elle a doté son pays d’une constitution.

 

En 2008, un référendum à ce sujet s’est tenu dans une atmosphère des plus particulières. Le cyclone Nargis s’est en effet abattu sur le Myanmar le 2 mai de cette année-là. Plus de 2 millions de birmans se retrouvèrent alors sans abri pendant des mois, la junte tardant à accepter l’aide internationale. Néanmoins, le scrutin fût maintenu et eu lieu le 10 mai, huit jours plus tard. Officiellement, le taux de participation fût de 98%. On peine à le croire.

 

Voilà que la junte décide à présent d’autoriser son peuple à nommer ceux qui les dirigent. On ne peut pas nier que le gouvernement n’ait pas soigneusement préparé ces élections. Le 9 mars dernier, le général Than Shwe a ratifié un « cadre légal » à celles-ci, texte officiel distribué un peu partout dans le pays. Il porte sur la création d’une « Commission électorale de l’Union ».

 

C’est le Conseil d’Etat pour la Paix et le Développement ( SPDC, nom officiel de la junte ) qui désignera les cinq candidats, et aucun d’entre eux ne pourra être membres d’un parti politique. Le LDN est donc mis hors-jeu. Le scrutin, en outre, pourra être annulé en cas de « conditions locales de sûreté ». Or, la junte elle-même mène depuis un an et demi des opérations militaires dans tout le pays, à l’encontre de diverses minorités ethniques. 118 000 personnes ont déjà été déplacées dans l’Est du pays.

 

L’optimisme est-il encore possible ?

 

Ban Ki-Moon, pour qui une « réconciliation nationale » est encore envisageable, semble le croire. Malgré tout, la junte militaire semble avoir bien retenue la leçon des précédentes élections. 82% en 1990 : le régime a tout mis en place pour que le LDN ne réalise cette fois pas le même score. Pour quelle raison alors, employer tant d’effort à vouloir grimer une dictature en démocratie ? La pression internationale a depuis de nombreuses années généré divers boycotts commerciaux. Parfois peu efficaces, ils ont tout de même eu pour effet de créer plus de 100 000 chômeurs. Et si des entreprises telles que Total continuent de s’implanter dans le pays, la Birmanie semble de moins en moins pouvoir se passer d’un soutien massif international.

 

Or, ces futures élections ne leurrent personne. Hillary Clinton a appelé le 28 octobre à une enquête internationale sur les violations des droits de l’homme dans ce pays du sud-est asiatique.

 

Le seul espoir réside donc dans la maladresse de la junte à s’orner ainsi d’une démocratie fantoche. Ce pourrait être son manque même de crédibilité qui sauvera la Birmanie.

 

 

 

Lucille Dupré