

Si l’Enfant
Est
Aujourd’hui
encore la représentation de l’innocence, de la pureté ou de la vulnérabilité, nos sociétés contemporaines ont tendance à vouloir le responsabiliser de plus en plus tôt. L’enfant doit assumer ses actes voire payer pour ceux-ci, surtout quand ils s’opposent à l’intérêt et à la tranquillité de la société. Quelles sont les raisons et les conséquences de ce besoin de « responsabilisation infantile » ?
Deux figures de l’enfant s’opposent dans l’imaginaire collectif : l’enfant victime ou toujours potentiellement victime et l’enfant coupable ou dangereux, engendrant alors deux sortes de « monstres », le violeur ou tueur d’enfants et l’enfant violeur ou tueur. L’un et l’autre semblent incarner les deux faces de ce que l’humanité peut offrir de pire.
Régulièrement, et surtout à l'approche des élections ou après une affaire rendue publique par des médias avides de « délinquance ordinaire » nous entendons les politiques nous rabâcher que nos enfants sont de plus en plus violents, incontrôlables, insoumis et « insoumissibles ». La peur de ne pouvoir contrôler la société d'aujourd'hui mais aussi celle de demain est au fondement de tels propos et nous amène à oublier que l’enfant reste un enfant et qu’il ne peut par conséquent être considéré comme un adulte.
Ce concept central du droit pénal des mineurs délinquants appliqué dans toute démocratie, amène immédiatement à la question de la différence entre les adultes et les enfants. L’enfant est-il un adulte en miniature ? Si l'idée d’« égalité de tous » devrait nous amener à le considérer comme l'égal de l'adulte, il est évident qu'il en est pourtant différent.
La définition qu'une société va donner de l'enfant déterminera
ensuite sa façon de traiter des affaires le concernant.
Nos enfants, nous les aimons, nos délinquants, nous les châtions. Mais ne sont-ce pas les mêmes, finalement ? Les délinquants de certains ne sont-ils pas toujours les petits anges d’autrui ? Du moins, l’ont-ils été… Il est indispensable de parvenir à reconsidérer la place de l’enfant dans nos sociétés, et comprendre que même criminel, un enfant reste un enfant et ne peut être traité en adulte.
En ce qui concerne la vision de l'enfance, les démocraties contemporaines sont prises dans une sorte d’incohérence schizophrénique. L’innocence enfantine s’oppose à la violence juvénile ; la pureté à la méchanceté, la candeur à la responsabilité.


