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Le Vrai Secret du Festival De Cannes

Il y a néanmoins

quantité

de différences

entre les badges, les couleurs, et le niveau de privilèges qui vont avec. Contrairement aux autres grands festivals, tels Berlin ou Venise, Cannes classe par ordre d’importance ses journalistes ou ses participants. Si les badauds sans badge représentent le bas de la chaîne alimentaire, les plus chanceux obéissent néanmoins eux aussi à leur propre hiérarchie. Les files sont donc plus ou moins longues pour certains, et un journaliste débutant peut très bien attendre une heure avec patience pour le nouveau film de son cinéaste préféré, juste avant qu’un accrédité plus élevé ne surgisse de nulle part et prenne se place au dernier moment.

Chacun donc

a son rang

dans le monde, chacun se place dans l’ordre de la nature cannoise. Le festival obéit aux règles naturelles de la société selon un modèle qui s’apparente plus au système de l’aristocratie qu’à celui de la patrie des droits de l’homme. Les rois rentrent donc ou ils veulent quand ils veulent, et les manants quêtent la place ou le ticket d’entrée dans une soirée. Ils le font d’ailleurs pour des motifs qui peuvent sembler, par moments, franchement dérisoires. Il est en effet toujours étonnant de rencontrer, à la sortie du palais, un festivalier en train de tenir une pancarte implorant humblement une petite place pour un film qui sortira… deux jours plus tard dans toutes les bonnes salles de France et de Navarre !

Et c’est sans doute là

que réside la clef du paradoxe cannois.

En effet,

les gens

s’y humilient

en permanence pour des actions qui peuvent souvent paraître dénuées de sens : voir un film qui, de fait, sera visible par tous dans seulement quelques heures, monter à bord d’un bateau sur lequel, pourtant, les gens ont tous l’air de s’emmerder fameusement, se battre pour rentrer dans les projections de films que, en fait, l’on a pas vraiment envie de voir.

Le mélange de glamour élitiste et d’auteurisme international chic a crée cette situation : les festivaliers veulent faire ces choses dont ils n’ont pas vraiment envie, juste pour pouvoir les faire. D’où le célèbre spectacle de minets ou minettes surlookés (robes de soirées en plein après midi) qui luttent jusqu’au sang pour rentrer dans la salle de projo et se retrouvent… face à une œuvre roumaine de deux heures et demi avec une dizaine de plans en tout et pour tout !

Se battre sans motif, s’humilier sans véritable raison

ou sans promesse de plaisir à la clef,

le faire juste parce qu’il faut le faire,

voilà le vrai secret du festival de Cannes.

D’où le cynisme des badgés accrédités qui voient la manifestation pour ce qu’elle est : un lieu de travail hystérique, pas très agréable, peu respectueux des films, des spectateurs et capable de remettre n’importe qui à sa place avec une violence peu hypocrite mais refroidissante.

Une leçon d’humanité et de vie

tout à fait cohérente

dans la France sarkozyste donc.

Texte: ROBIN LEGARREC

Photo: ©Alamachere