La_Merveilleuse_Grande_Fête_du_Cinéma

Cette

année,

alors que je m’apprêtais à me rendre à ce séjour de travail hystérique et, somme toute, plutôt emmerdant, que l’on appelle  vulgairement le Festival de Cannes, j’ai eu un soudain problème conjugal.

Pour résumer, ma tendre compagne n’a pas compris que je ne songe pas à l’inviter au moins un jour ou deux. Elle a donc cru que je voulais profiter pleinement du festival pour étancher ma soif de rencontres coquines internationales, selon l’adage de la région : « ce qui se passe durant le festival reste au festival ! ». Il est vrai que cette paranoïa était renforcée par les multiples amis de mon amie, qui ne cessaient de lui répéter qu’ils ne comprenaient pas pourquoi elle n’était pas invitée à mes côtés.

Cannes

présente

ce trait typique

du cinéma :

ceux qui n’y connaissent absolument rien en parlent pourtant beaucoup, et avec autorité. Donc, au delà du fait que je ne pouvais pas sortir un passe pour une accompagnatrice comme un joker surprise, je vais profiter de ce texte afin d’évoquer un peu l’expérience cannoise, et les raisons pour lesquelles cela ne me vient jamais à l’esprit d’inviter qui que ce soit à cette merveilleuse grande fête du cinéma.

S’il possède

bien

des défauts,

le Festival de Cannes possède néanmoins une qualité assez étonnante et opportune par les temps qui courent : il constitue la vision la plus pure d’une société féodale en France dans les années 2000. L’image classique de Cannes est, dans « l’inconscient collectif » (juste pour pouvoir citer Walter Benjamin), la montée des marches, du tapis rouge, et ses stars mitraillées par les objectifs. Mais, dans les faits, la vraie image cannoise est le badaud en train de tenir un panneau à la sortie du Palais des festivals. Le-dit panneau indique le film que notre badaud désire ardemment voir (le dernier Béla Tarr, s’il est réaliste, le Tarantino s’il plane complètement) et, placidement, ce cinéphile ardent attend, pendant des heures, sous le soleil et parfois la pluie, qu’un festivalier miséricordieux, sortant du palais, lui donne une place pour la projection du film.

Cette image

possède

sa variante :

les files interminables devant les bateaux de la croisette qui, chaque soir, accueillent son lot de fêtes dites glamours. Les mêmes files se reproduisent donc, avec la même volonté des badauds de passer outre leur non-accréditation pour rejoindre les beautiful people et leurs badges brillants autour du cou.

Car il y a deux types de personnes à cannes :

les badgées et les non-badgées.