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L'ALTERNANCE ENFIN

 

Les journaux du monde entier

l’ont rappelé aux lecteurs étourdis :

le Japon a vécu une élection historique.

L’alternance, enfin…

 

 

Après un règne presque sans partage (à part une petite interruption/incident de parcours dans les années 1990) depuis la fin de la guerre et le règne du général Mac Arthur (fondateur, au bout du compte, du Japon moderne), le PLD a enfin connu une cuisante défaite et l’opposition menée par Yukio Hatoyama est victorieuse. Bref, le Japon connaît un phénomène comparable à 81, pour nous petits français, ou 2002, par exemple, pour les Brésiliens.

 

Pourtant, le Premier Ministre désigné ne soulève ni de près ni de loin l’enthousiasme qu’a pu inspirer Lula ou Mitterrand à ses compatriotes et, en aucun cas, l’on entend, même pour rire, ses partisans lui clamer d’arrêter la pluie, comme ils l’ont fait pour les Présidents Lula et Mitterrand après leur élection.

LUMITHATO

Contrairement à ces derniers, Hatoyama ne fait pas vraiment croire à des lendemains meilleurs, et même les moins blasés n’attendent pas de lui un miracle impressionnant. Sa victoire semble moins signifier une alternance authentique qu’achever la décadence visible du PLD et le malaise du pays.

 

Il y a pourtant bel et bien eu un changement majeur dans la politique nippone, mais les causes et les conséquences de celui-ci sont peut-être plus triviales ou absurdes, qu’il ne semble au premier abord.

LE VERITABLE ENJEU

 

En premier lieu, ce triomphe d’un parti de centre gauche (plus centre que gauche d’ailleurs) constitue donc la première grande défaite du PLD. Le véritable enjeu de cette élection réside dans ce fait d’une simplicité tellement désarmante qu’il est presque trop facile de le prendre pour acquis : les japonais ont cette fois vraiment voté aux élections. C’est à dire qu’ils ont signifié un choix et choisi un parti, un leader et un programme, aussi flous soient-ils.

 

En effet, le PLD régnant sans partage depuis les années 1950, les élections constituaient une représentation démocratique valable au sens strictement légal, mais sans véritable conséquence dans les faits. Le signe le plus évident de cette situation résidait dans le choix des Premiers Ministres.

 

Si la Russie moderne n’a pas grand chose à envier au Japon en terme de démocratie virtuelle, les russes ont au moins eu l’insigne (et dérisoire) honneur de voter pour Medvedev. Les japonais votent pour le PLD, et la personnalité du Premier Ministre ne dépend en rien de leur votes, puisqu’elle est uniquement décidée par les arcanes byzantines du parti, les guerres entre hiérarques, et les choix d’une classe politique supérieure qui, du coup, décide de tout sans vraiment rendre de compte à personne.

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L’exceptionnelle longévité politique du PLD s’explique par plusieurs données. Selon la conception cynique de la situation, elle trouve sa source dans le désintérêt assez prononcé d’une partie importante de la population japonaise pour la classe politique, qui semble parfois n’être, dans l’imaginaire collectif, qu’à un jet de pierre des Yakuzas (ils partagent avec ces derniers un célèbre et très fermé cimetière à Tokyo.)

 

Mais le PLD est également le parti qui a réussi à transformer un pays brisé et défait en puissance économique conquérante considérée, notamment dans les années 1980, comme la potentielle première puissance mondiale du futur (le film d’anticipation BladeRunner est, à cet égard, un vestige parlant de cette époque enterrée).

BLADE RUNNER© SKYVIEW

Puis vint la crise de la fin des eighties, d’où date le début de la lente déchéance du PLD, uniquement maintenu en vie par la confiance tacite des japonais, alimentée par l’impression d’impuissance politique souvent ressentie par la population. De ce point de vue, la dernière législature japonaise fut un tel feu d’artifice qu’elle a constituée un microcosme parfaitement caricatural de la conception du pouvoir du PLD.

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